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Annexe  3  De la sélection à l'université

Article paru dans l'édition du Monde du 28.06.07
Le problème n'est pas de limiter l'accès au second cycle, mais de proposer aux étudiants d'autres solutions attrayantes
Le projet de loi sur les universités ne remet pas en question la liberté d'inscription des bacheliers. Il propose simplement, via la préinscription et l'orientation, un dispositif permettant à l'étudiant d'effectuer un choix plus raisonné. Mais, pour cela, il ne suffit pas de dire à certains bacheliers que, vu la série de leur baccalauréat, leurs chances de réussite dans la filière désirée sont très faibles. Il faut leur proposer d'autres possibilités, soit une véritable mise à niveau, soit l'inscription dans une filière où ils ont de bonnes chances de réussir. Faute de quoi l'orientation ne servira pas à grand-chose.
Un problème analogue se pose pour l'entrée dans le second cycle (le master), après la licence. Jusqu'à présent, les étudiants qui obtiennent la licence peuvent librement s'inscrire en maîtrise ; la sélection n'intervient que pour le troisième cycle ; et encore, bien souvent le nombre total de places offertes en DEA et DESS est suffisant pour accueillir tous ceux qui postulent, quitte à ne pas obtenir la filière de leur premier choix.
Le projet de loi stipule que « l'admission dans les formations du deuxième cycle est ouverte, dans les conditions définies par le conseil d'administration, aux titulaires des diplômes sanctionnant le premier cycle ». Il n'en faut pas davantage pour susciter l'inquiétude des étudiants : n'est-ce pas laisser à la discrétion de chaque université le soin d'instaurer une sélection éliminatoire ? Je ne partage pas l'idée que la véritable réforme doit conduire les jeunes étudiants à prendre conscience au plus tôt de leurs possibilités et de leurs préférences. Le parcours doit être le plus bref possible compte tenu du diplôme visé, avec des chances raisonnables de succès. L'université n'a pas pour mission d'offrir un abri ou une raison sociale à la minorité d'étudiants qui n'éprouvent pas l'envie d'entrer rapidement dans la vie active.
Mais le véritable enjeu n'est pas là. Dans le système actuel, la durée du séjour de l'étudiant dans l'université n'est pratiquement pas limitée ; lors de sa première inscription, l'étudiant peut se dire que, s'il réussit ses examens successifs, même en y mettant plus de temps que prévu, il a devant lui cinq à sept ans pour décider de son avenir professionnel et s'y préparer.
La perspective d'une sélection après la licence avec un éventuel refus d'inscription en master change la donne, rapproche singulièrement l'horizon et accroît la pression qui pèse sur l'étudiant. Le risque d'être arrêté après la licence ne lui permet plus de consacrer ses premières années d'université à ses études et à la découverte de lui-même ; il doit bâtir un projet professionnel dans l'incertitude. Cette menace pèse sur la majorité des étudiants, y compris ceux qui n'arriveront jamais à la licence.
Voilà pourquoi la réforme nécessaire exige un changement d'attitude des étudiants. Il ne peut être exigé que si la sélection éliminatoire à l'entrée du second cycle est accompagnée d'une offre consistante de possibilités : si les licenciés étaient sûrs que, même avec une licence générale, ils peuvent trouver un emploi satisfaisant et évolutif, la sélection serait mieux acceptée.
On le voit, le problème n'est pas de limiter certaines possibilités d'accès au master. Il est de proposer en même temps d'autres solutions attrayantes. Ce ne sera probablement pas le cas dès la rentrée prochaine. Aussi, dans l'intérêt même de l'indispensable réforme, il faut recommander la prudence. Peut-être faut-il méditer ce qui s'est passé en 1973 avec la réforme des sursis pour le service militaire ; la réforme obligeait l'étudiant à partir sans terminer un cycle d'études, sauf s'il remplissait les critères normatifs du type le bac à 18 ans et pas de redoublement ; un violent mouvement lycéen avait suivi ; il a suffi d'assouplir la règle pour que la réforme soit acceptée.
Aujourd'hui, la situation ne semble pas mûre pour que le risque de sélection à l'entrée du second cycle soit accepté. Dès lors est-il souhaitable de compliquer la mise en oeuvre de la réforme avec ce motif de refus ? Ne vaut-il pas mieux chercher une formule qui rassure pour l'avenir immédiat et amorce les évolutions souhaitables?
Jean Vincens
 
 
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