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Annexe 1 La présidente du CNRS veut réformer sans sacrifier la pluridisciplinarité, "force" de son organisme

LE MONDE | 02.04.08 | Propos recueillis par Pierre Le Hir 
 lors que le gouvernement réorganise la recherche française, suscitant l'inquiétude de beaucoup de chercheurs, Catherine Bréchignac, présidente du Centre national de la recherche scientifique, expose sa vision d'un CNRS rénové, travaillant plus étroitement avec les universités et privilégiant l'interdisciplinarité.
Nicolas Sarkozy veut transformer les organismes de recherche en agences de moyens. Et votre ministre, Valérie Pécresse, vous demande de découper votre établissement en instituts. Est-ce la mort programmée du CNRS ?
Non. La France et les chercheurs ont besoin de l'outil irremplaçable, reconnu dans le monde entier, qu'est le CNRS. Il s'agit de le rénover, de le rendre plus dynamique et plus efficace. Sûrement pas de le détruire. La ministre m'a demandé de prendre en main la réforme. Eh bien, je prends la main.
Pourquoi réformer un établissement qui a fait ses preuves ?
Nul n'est censé ignorer la loi. En l'occurrence, la loi sur l'autonomie des universités, à laquelle nous devons nous adapter. Jusqu'à présent, les universités n'avaient ni budget ni postes pour mener une recherche au meilleur niveau. Désormais, elles auront les moyens d'avoir une vraie politique scientifique. Le CNRS va travailler avec elles dans un partenariat plus étroit, comme il le fait avec des universités étrangères et des entreprises.
Les unités de recherche cogérées par le CNRS et les universités vont-elles rester mixtes, ou le CNRS va-t-il se recentrer sur ses laboratoires propres ?
Aux côtés des unités mixtes peuvent très bien exister des laboratoires propres aux universités, auxquels le CNRS décidera ou non de s'associer, et des laboratoires propres au CNRS. Nous revendiquons le droit pour le CNRS de donner son label à une unité de recherche ou au contraire de se désengager si elle n'est pas bonne. Quant à la simplification de la gestion des unités mixtes, nous attendons les conclusions de la mission que la ministre a confiée à François d'Aubert (ancien ministre délégué à la recherche).
Plus important est, à mes yeux, d'instaurer un meilleur couplage entre les carrières des chercheurs et celles des enseignants-chercheurs. Nous proposons de mettre en place des "chaires CNRS", permettant aux nouveaux recrutés de se consacrer pendant cinq ou dix ans à la recherche, avec la garantie d'avoir ensuite un poste à l'université. Ce serait un vrai bonus qui donnerait aux jeunes chercheurs un plan de carrière.
La transformation du CNRS en holding d'instituts ne présente-t-elle pas un risque d'éclatement ?
J'ai suggéré moi-même à la ministre une réorganisation en instituts. L'intérêt d'un institut est de s'occuper à la fois de la gestion des laboratoires - ce que font les actuels départements scientifiques du CNRS - et de la programmation de la recherche à long terme, ainsi que de la mise en réseau pour une meilleure synergie au niveau international.
Le CNRS conservera ce qui fait sa force, c'est-à-dire sa multidisciplinarité, qui permet les croisements de connaissances. Car c'est à l'interface de plusieurs disciplines que la science progresse. La nouvelle structuration de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) renforcera nos synergies sur les sciences du vivant, qui ne vont pas disparaître des compétences du CNRS. De même, les sciences humaines y ont toute leur place.
Le CNRS ne va-t-il pas perdre son indépendance scientifique en devenant une agence contrôlée par le pouvoir ?
Le CNRS est à la fois un opérateur de recherche et une agence de moyens. Il gardera cette double identité. Quant à la science, les chercheurs sont les premiers à définir ses orientations, puisque c'est dans leur esprit que germent les idées nouvelles. Le rôle du CNRS est de faire remonter ces idées, de les évaluer et de les mettre en oeuvre. La science est un processus créatif qui ne se décrète pas.
Les crédits de fonctionnement des laboratoires du CNRS sont en baisse, alors que les financements sur projet de l'Agence nationale de la recherche augmentent. Est-ce satisfaisant ?
Toutes ressources confondues, les crédits dans les laboratoires augmentent en 2008. Les crédits de fonctionnement alloués par le CNRS lui-même diminuent en moyenne de 5 % à 6 %, pour permettre un meilleur investissement. Plutôt que de saupoudrer, j'ai préféré garder de l'argent pour faire des investissements, par exemple dans un nouveau supercalculateur, ou le renouvellement de plates-formes technologiques. Il y a toutefois un seuil critique en dessous duquel il serait dangereux de descendre. Il faut réfléchir à l'équilibre entre financements récurrents et financements sur projet. Aux Etats-Unis, la National Science Foundation attribue 70 % de ses subventions à des projets "blancs", c'est-à-dire libres, et 30 % seulement à des projets finalisés. En France, c'est la proportion inverse. Cela mérite réflexion.
Vous préparez un plan stratégique à l'horizon 2020. Quel en est l'enjeu ?
D'abord, faire avancer le front de la connaissance, avec de grandes thématiques comme le fonctionnement du système Terre, les systèmes vivants, la cognition ou les nouveaux systèmes de calcul qui vont bouleverser la donne intellectuelle. Ensuite, consolider le rôle du CNRS comme acteur de la société et de l'économie. Enfin, renforcer sa position en Europe et dans le monde. Ce plan sera discuté et adopté avant l'été.
[Le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) emploie 26 000 personnes, dont 11 600 chercheurs.
Les 82 universités françaises (auxquelles s'ajoutent 3 universités technologiques, 3 instituts nationaux polytechniques et 4 écoles normales supérieures) regroupent 48 000 enseignants-chercheurs.
Les unités de recherche, ou laboratoires, peuvent être propres au CNRS (une centaine) ou à une université (près de 2 000). Mais la plupart des 1 260 unités de recherche du CNRS sont mixtes, une cotutelle CNRS-université s'exerçant alors sur elles. Cette tutelle est parfois partagée avec d'autres organismes.]
 
 
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